Alerte: Suivez l'actualité des droits humains sur notre site et nos réseaux sociaux!
Maroc et Sahara occidental
03.05.21
Interventions urgentes

Maroc: Poursuite de la détention arbitraire et du harcèlement judiciaire à l’encontre d'Omar Radi

APPEL URGENT - L'OBSERVATOIRE

Nouvelles informations
MAR 005 / 1219 / OBS 115.4
Détention arbitraire /
Harcèlement judiciaire /
Dégradation de l’état de santé
Maroc
3 mai 2020

L'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, un partenariat de la FIDH et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a reçu de nouvelles informations et vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante au Maroc.

Nouvelles informations :

L’Observatoire a été informé de la poursuite de la détention arbitraire et du harcèlement judiciaire à l’encontre de M. Omar Radi, un journaliste d’investigation primé à plusieurs reprises pour son travail[1], et qui a notamment couvert les détentions et condamnations des militants du Hirak du Rif, en avril 2019[2].

Le 27 avril 2021, le procès d’Omar Radi devant la chambre criminelle de la Cour d’Appel de Casablanca a été une nouvelle fois reporté au 18 mai 2021 après qu’il a refusé d’assister à l’audience en visio conférence, les autorités ayant décidé de ne pas le conduire à la Cour pour qu’il puisse y assister en personne, sans que ni lui ni ses avocats n’en aient été informés au préalable. Il s’agit du deuxième report de son procès qui devait s’ouvrir le 6 avril 2021. M. Radi reste incarcéré en détention préventive à la prison d’Oukacha, à Casablanca, où il est détenu depuis le 29 juillet 2020.

Le 9 avril 2021, Omar Radi a entamé une grève de la faim illimitée dans le but d’obtenir sa libération et un procès équitable. Cette grève de la faim fait peser des risques sur la santé de M. Radi, celui-ci étant asthmatique, atteint de la maladie de Crohn et ayant perdu 10 kg depuis le début de son incarcération. Après une détérioration significative de son état de santé, Omar Radi a décidé de suspendre temporairement sa grève de la faim le 30 avril 2021.

L’Observatoire rappelle qu’Omar Radi est arbitrairement détenu dans l’attente de son procès depuis le 29 juillet 2020, suite à son placement en détention pour « réception de fonds étrangers dans le but de porter atteinte à la sécurité intérieure de l’État » et « viol ». Ces accusations découlent, respectivement, d’une enquête pour espionnage présumé dans le cadre de laquelle il est soupçonné d’être impliqué « dans une affaire d’obtention de financements de l’étranger, en relation avec des services de renseignement » et d’une plainte pour viol déposée à son encontre auprès de la Gendarmerie royale de Casablanca pour des faits s’étant produits dans la nuit du 12 au 13 juillet 2020.

L’Observatoire rappelle également que ce n’est pas la première fois qu’Omar Radi fait l’objet de poursuites et qu’il a été condamné par la justice marocaine en mars 2020 en raison de ses activités en tant que journaliste. Par ailleurs, plusieurs autres journalistes ont subi des procès inéquitables au Maroc au cours de ces dernières années, dans un contexte ou le pays connaît une recrudescence de la répression des libertés. C’est le cas de l’historien et journaliste Maâti Monjib qui a été condamné en janvier 2021 à un an de prison ferme pour « atteinte à la sécurité de l’État » et « fraude » à l’issue de plus de cinq ans de procédure et qui fait aujourd’hui l’objet de nouvelles poursuites pour « blanchiment de capitaux ». C’est également le cas du journaliste Soulaiman Raissouni, rédacteur en chef du journal arabophone Akhbar Al Yaoum[3], arrêté le 22 mai 2020 à Casablanca et placé en détention provisoire à la prison d’Oukacha pour « attentat à la pudeur avec violence et séquestration » suite à un message anonyme publié sur les réseaux sociaux l’accusant de tentative de viol suivi d’une plainte déposée contre lui. Le 8 avril 2021, M. Raissouni a entamé une grève de la faim illimitée pour protester contre sa détention arbitraire et revendiquer son droit à un procès équitable. Sa prochaine audience est programmée pour le 18 mai 2021.

L’Observatoire condamne fermement la poursuite de la détention arbitraire et du harcèlement judiciaire à l’encontre d’Omar Radi et de Soulaiman Raissouni, qui ne visent qu’à sanctionner leurs activités légitimes de défense des droits humains en tant que journalistes, et s’inquiète des risques que leur grève de la faim fait peser sur leur santé.

L’Observatoire appelle les autorités marocaines à libérer immédiatement et inconditionnellement Omar Radi et Soulaiman Raissouni et à garantir le respect de leur droit à un procès équitable.

Actions requises :

L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités marocaines en leur demandant de :

i. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et le bien-être psychologique d’Omar Radi, Soulaiman Raissouni et de l’ensemble des défenseurs des droits humains au Maroc ;

ii. Libérer immédiatement et inconditionnellement Omar Radi, Soulaiman Raissouni, ainsi que l’ensemble des défenseurs des droits humains arbitrairement détenus au Maroc ;

iii. S’assurer que l’ensemble des procédures engagées à l’encontre d’Omar Radi et Soulaiman Raissouni soient conduites dans le respect du droit à un procès équitable ;

iv. Mettre un terme à toute forme de harcèlement, y compris au niveau judiciaire, à l’encontre d’Omar Radi, de Soulaiman Raissouni et de l’ensemble des défenseurs des droits humains au Maroc.

Adresses :

  • M. Nasser Bourita, Ministre des affaires étrangères et de la coopération, Maroc. Email : ministere@maec.gov.ma
  • M. Mohamed Benabdelkader, Ministre de la justice, Rabat, Maroc. Email : ccdh@ccdh.org.ma
  • M. Mustapha Ramid, Ministre d’état chargé des droits de l’Homme, Maroc. Email : contact@didh.gov.ma
  • Mme. Amina Bouayach, Présidente du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), Email : cndh@cndh.org.ma
  • Représentant Permanent du Royaume du Maroc auprès de l’Office des Nations Unies à Genève et des autres Organisations Internationales en Suisse Email : mission.maroc@ties.itu.int
  • S. E. M. Alem Menouar, Ambassadeur, Mission du Royaume du Maroc auprès de l’Union européenne. Belgique. Email : mission.maroc@skynet.be

Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Maroc dans vos pays respectifs.

***

Paris-Genève, le 3 mai 2021

Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.

L’Observatoire, partenariat de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseurs des droits de l’Homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible. La FIDH et l’OMCT sont membres de ProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseurs des droits de l’Homme mis en œuvre par la société civile internationale.

Pour contacter l’Observatoire, appeler La Ligne d’Urgence :

  • Tel FIDH : +33 1 43 55 25 18
  • Tel OMCT : +41 22 809 49 39

[1] M. Omar Radi a reçu, en 2013, le premier prix du journalisme d’investigation IMS-AMJI (International Media Support - Association marocaine pour le journalisme d’investigation) pour une enquête sur l’exploitation des carrières de sable au Maroc co-réalisée avec M. Christophe Guguen. En 2015, il a été lauréat de la Thomson Reuters Foundation.

[2] Le mouvement populaire, ou Hirak, du Rif est un mouvement contestataire émanant du Rif, dans le nord du Maroc et ayant lieu depuis octobre 2016. La répression du mouvement et les lourdes condamnations de certains manifestants (jusqu’à vingt ans de prison) ont été critiquées par les organisations nationales et internationales de droits humains. Voir par exemple le communiqué de presse de la FIDH publié le 28 juin 2018 : https://www.fidh.org/fr/regions/maghreb-moyen-orient/maroc/au-maroc-on-recycle-les-annees-de-plomb-des-peines-tres-lourdes-pour

[3] Akhbar Al Yaoum (« Les nouvelles du jour ») est un quotidien arabophone indépendant marocain fondé en 2009. Après des années de harcèlement de la part des autorités marocaines, la direction du quotidien a annoncé le 15 mars 2021 que le journal allait cesser de paraître. Cette décision fait suite à des difficultés financières ainsi qu’à l’emprisonnement du directeur de la publication du journal, Taoufiq Bouachrine en févirier 2018 puis de son rédacteur en chef Soulaiman Raissouni pour des affaires de viol qu’ils nient catégoriquement.

Inscrivez-vous

Inscrivez-vous pour recevoir nos dernières actualités et alertes