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17.12.20
Communiqués de presse

Afrique et Covid-19 : Urgence sanitaire et urgence carcérale

Communiqué de presse, 18 décembre 2020

Genève-Lomé : Des établissements surpeuplés et vétustes, des conditions de détention inhumaines, c’est le constat du rapport du Groupe d’intervention judiciaire (GIJ) SOS-Torture Afrique* sur les prisons en Afrique centrale et de l’Ouest. Cette étude souligne l’urgence d’adopter des mesures judiciaires et institutionnelles afin de réduire le risque de transmission du Covid-19 au sein de la population carcérale.

Avant le Covid-19, les prisons africaines étaient déjà confrontées à des épidémies récurrentes. On y enregistre entre autres le paludisme, la tuberculose, la gale, le VIH. À ces maladies, s’ajoutent des cas de troubles d’insomnie, d’anxiété́ et de dépression. La pandémie actuelle est donc venue aggraver une situation déjà précaire.

Le rapport dévoile que la détection de premiers cas de Covid-19 dans les prisons a créé une grande frayeur et provoqué des violences. À la prison civile de Lomé au Togo ou celle de N’Djamena au Tchad où les conditions de détention sont mauvaises, le manque d’informations sur les personnes infectées au coronavirus ou sur les mesures de protection a provoqué des mutineries violemment réprimées par les forces de sécurité, causant parfois la mort de certains détenus.

« La surpopulation carcérale représente jusqu’à 293% de la capacité réelle de la prison de Lomé », révèle Ghislain Nyaku, Directeur Exécutif du CACIT. « Cette prison ne dispose pas d’infrastructures permettant d’isoler les personnes qui contractent le Covid-19 ni d’une infirmerie bien équipée »,

Face au risque élevé, il aurait fallu désengorger immédiatement les prisons pour permettre le respect des mesures barrières et de distanciation recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé. L’appel lancé aux gouvernements africains par le réseau SOS-Torture le 26 mars 2020 n’a été que faiblement suivi et n’a pas impacté la majorité de la population carcérale constituée de plus de 70% de personnes en détention préventive.

En Côte d’Ivoire, où la surpopulation des prisons frôle parfois les 266% de leur capacité réelle, 2.004 prisonniers ont été libérés à la suite d’un décret présidentiel, soit environ 10 % de l’effectif carcéral. « Il aurait pourtant été possible d’en libérer 59,2%. » déplore Maître Drissa Traore, membre de l’Organisation des Femmes Actives de Côte d’Ivoire (OFACI). « Il aurait suffi que le procureur de la république ordonne la libération provisoire ou l’abandon des poursuites de personnes âgées de moins de 18 ans (5,1%), de celles âgées de plus de 61 ans (3,7%) ou encore des personnes en détention préventive accusées notamment de délits contre les biens (31,4%), contre la paix et la tranquillité́́ publique (12,5%) et contre l’autorité́́ publique (6,3%), dont la sanction pénale pour la plupart n’excède pas 3 ans de prison ».

Les prisons, déjà défaillantes, ont été dépassées par l’ampleur des besoins sanitaires. Dans les établissements comme Nkondengui au Cameroun, ou Ndolo en République Démocratique du Congo (RDC) certains détenus ont été obligés de trouver eux-mêmes du matériel de protection en coupant les draps et les vieux t-shirts pour se fabriquer des masques. D’autres détenus ont bu des liquides à l’ail et au gingembre dans le but de se soigner. L’absence de tests et de cellules d’isolement ont favorisé des contaminations au Togo (152 cas), au Cameroun, en RDC (165 cas) ou encore au Sénégal (18 cas).

Le cas le plus emblématique est celui du Cameroun où sur 832 tests Covid-19 prélevés dans cinq prisons, plus de 358 se sont avérés positifs et 31 détenus sont décédés. « Le gouvernement a pourtant continué à incarcérer des personnes arrêtées dans le cadre de la crise anglophone ainsi que des opposants politiques, alors même qu’un cessez-le-feu avait été recommandé par les Nations unies. » regrette Maitre Nkongho Felix, Président du Center for Human Rights and Democracy in Africa (CHDRDA).

Plusieurs pays d’Afrique craignent une seconde vague, dont on ignore encore le niveau de gravité. Les prisons africaines sont confrontées à un risque épidémiologique constant, qu’il s’agisse du Covid-19, d’Ébola, de la tuberculose ou du VIH.

« Le droit des détenus à la santé et à la dignité est une obligation que les États doivent prioriser conformément à leurs obligations internationales. » rappelle Gerald Staberock, Secrétaire général de l’OMCT. « Notre étude montre qu’il faut soit simplement mettre en œuvre les lois existantes, soit les mettre à jour afin de mieux protéger cette catégorie vulnérable de la population ».

* groupe mis en place par l’Organisation Mondiale contre la Torture (OMCT) et le Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo (CACIT),

Contact Média :
Iolanda Jaquemet, Directrice de la communication
ij@omct.org
(+) 41 79 539 41 06


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