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Sénégal
30.03.21
Déclarations

Sénégal : 13 morts et 590 blessés à la suite de violences policières

Déclaration conjointe

Genève, Dakar – 30 mars 2021

La Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO) et l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) constatent de nombreuses violations de droits de l’homme au cours des violentes manifestations qui ont eu lieu au Sénégal entre le 3 et le 8 Mars 2021 en réponse à l'arrestation de l’un des principaux opposants au Président sénégalais. Le bilan humain est de 13 morts et environ 590 blessés.

Les experts de la RADDHO et de l’OMCT ont examiné de nombreuses images des manifestations et interrogé les victimes et témoins. Cette enquête a permis d’établir que la brutalité des forces de sécurité au cours de ces évènements pourrait s’apparenter à de la torture ou à d’autres formes de mauvais traitements.

Le niveau de violence qui a prévalu au cours des 5 jours de manifestations dans différentes villes du Sénégal n’était ni proportionnel, ni légitime. Les forces de l’ordre ont ciblé des manifestants pacifiques ainsi que des journalistes et des organes de presse. A ce jour, plus de 600 personnes ont été arrêtées dont des activistes, des membres de l’opposition et la durée de leur garde à vue a souvent dépassé le délai légal.

Les organisations de journalistes ont dénoncé une série d'atteintes à la liberté de la presse telle que la suspension pour 72 heures des chaînes de télévision privées SenTv et Walfadri TV. L’État leur reprochait une ‘‘couverture irresponsable de la situation’’ et des ‘‘ violations flagrantes de la réglementation’’.

Les forces de sécurité ont aussi fait recours à des procédés illégaux pour arrêter et réprimer des manifestants. De nombreux témoignages ont confirmé la présence à leurs côtés de milices armées de gourdins. Ces groupes paramilitaires proches de la coalition de partis au pouvoir sont plus connus sous le nom de « nervis ». Le Ministre de l’Intérieur a nié la présence de ces milices, affirmant qu’il s’agissait de forces de l’ordre en opération. Il n’a cependant pas donné d’arguments justifiant le caractère informel de leurs uniformes

Aucune enquête judiciaire n’est annoncée par les autorités sénégalaises pour poursuivre les responsables de ces violations des droits de l’homme. Le cadre juridique sénégalais prévoit pourtant des enquêtes impartiales lorsque des policiers en opération font usage de la force y compris de leurs armes à feu.

La RADDHO et l’OMCT :

  • Exigent la fin du recours disproportionné, illégitime et excessif de la force par les agents de sécurité contre des manifestants pacifiques ;
  • Condamnent fermement l’implication de personnes non identifiables circulant dans des véhicules sans immatriculation à côté des forces de l’ordre ;
  • Recommandent la libération des personnes encore en détention au-delà des délais légaux et au mépris des garanties légales fondamentales ;
  • Demandent à l’État du Sénégal d’ouvrir des enquêtes diligentes, sérieuses et indépendantes afin d’établir toutes les responsabilités et de prendre en charge l’ensemble victimes de ces évènements ;
  • Recommandent aux autorités sénégalaises d’insister dans la formation des forces de sécurité sur les règles qui régissent le maintien de l’ordre.

Pour plus d’informations :

RADDHO : Le Secrétaire général, Sadikh NIASS, sniass@yahoo.fr

OMCT : Conseiller aux droits humains pour la région Afrique, Isidore NGUEULEU, icnd@omct.org

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