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Honduras
01.12.16
Interventions urgentes

Les défenseurs des droits de l’Homme entre le marteau et l’enclume

COMMUNIQUÉ DE PRESSE CONJOINT

Publication d’un rapport demission d’enquête internationale

Panama-Genève-Paris-Tegucigalpa, le 1erdécembre 2016. Les assassinats, lesmenaces, la criminalisation sont la réalité quotidienne des défenseurs desdroits humains au Honduras. Les autorités honduriennes doivent faire preuved’une réelle volonté politique pour endiguer cette crise, ont déclaréaujourd’hui l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits del’Homme (un partenariat OMCT-FIDH), le CEHPRODEC, le CIPRODEH, le COFADEH et laPlateforme internationale contre l’impunité. Cet appel a été lancé dans lecadre d’une audience publique devant la Commission inter-américaine des droitsde l’Homme (CIDH) à Panama sur la situation des défenseurs des droits de l’Hommeau Honduras.

Lasituation difficile que connaissent les défenseurs et défenseures des droitshumains au Honduras a été l’objet d’une grande attention internationale en2016, suite à l’assassinat de BertaCáceres, emblématique défenseure autochtone lenca. Ce crime n’est que la partieémergée de l’iceberg. De très graves violences sont en effet perpétrées àl’encontre des défenseurs dans ce pays d’Amérique centrale qui est devenu l’undes pays les plus dangereux au monde pour la défense des droits de l’Homme.

Depuis2001, 17 défenseurs des droits humains bénéficiaires de mesures de précautionde la CIDH ont été assassinés, soit en moyenne un par an. Depuis mai 2015,l’Observatoire a documenté 16 cas d’assassinat de défenseurs, pratiquement unpar mois, ce qui montre l’aggravation de la situation.

Lesagressions contre les défenseurs et défenseures sont commises en toute impunitéet cela est dû en grande partie à l’inefficacité de l’administration de lajustice, mais également à d’autres facteurs structurels. Paradoxalement, denombreux défenseurs sont criminalisés et le système judiciaire semble toutmettre en œuvre pour que ces procédures progressent rapidement. Selon la CIDH,depuis 2010 il y aurait eu, au Honduras, plus de 3 064 cas de criminalisationdans le but d’intimider les défenseurs et défenseures des droits humains.

Lerapport conclut qu’il est urgent de disposer d’un cadre national plus clair etprotecteur, qui reconnaisse pleinement les droits humains de la populationpaysanne, des peuples autochtones et des personnes LGBTI. Les défenseurs etdéfenseures qui œuvrent pour ces droits disposeraient ainsi d’un meilleur cadrede travail et leur légitimité et leur visibilité en seraient accrues, toutparticulièrement dans un contexte où prévalent les conflits autour de la terreet les stéréotypes hétéro-patriarcaux.

« Tantque des solutions n’auront pas été trouvées pour remédier aux problèmes structurelsqui mettent en danger les défenseurs des droits humains, des mesures comme laLoi de Protection des Défenseurs, qui vont pourtant dans la bonne direction, neseront pas efficaces. Les politiques discriminatoires contre les personnesLGBTI ainsi que les violations des droits relatifs à la terre, y comprisl’obligation de consulter les communautés affectées par des projets dedéveloppement, contribuent à exacerber les conflits et à renforcer lesstéréotypes, et laissent les défenseurs entre le marteau et l’enclume », ontdéclaré nos organisations.

Notamment,dans un contexte où 837 projets miniers couvrant 35% du territoire nationalpourraient bientôt voir le jour, la mise en place d’un cadre législatif clairet respectueux des normes internationales en matière de droits humains relatifsà la terre contribuerait à canaliser les possibles conflits au travers decanaux institutionnels de dialogue au lieu de générer de la violence et des conflitssociaux. Pour toutes ces raisons, nos organisations appellent à la tenue dedébats participatifs incluant notamment la société civile et notamment despeuples autochtones et garifunas.

Lerapport conclut d’autre part que les facteurs structurels comme lamilitarisation de l’État, le manque d’indépendance du pouvoir judiciaire, lastigmatisation systématique des défenseurs et les carences institutionnelles del’État en matière de droits humains sont la preuve de l’absence de volontéréelle de l’État de protéger les défenseurs des droits humains.

Preuveen sont les déclarations récentes et extrêmement préoccupantes du PrésidentJuan Orlando Hernández, criminalisant de façon irresponsable les organisations dedéfense des droits humains en les assimilant à des gangs. De tels propos nepeuvent que contribuer à accroître davantage le risque d’attaques contre lesdéfenseurs.

A lalumière des conclusions de notre rapport, nos organisations formulent desrecommandations spécifiques sur les réformes structurelles nécessaires,identifiées par nos organisations à partir de leur analyse.

Le rapport intégral est disponible en espagnol ici.

L’Observatoire pour la protection desdéfenseurs des droits de l’Homme (l’Observatoire) est un programme crée en 1997par l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et la FIDH et son objectifest d’intervenir pour prévenir ou parer à des situations concrètes derépression contre les défenseurs et défenseures des droits humains. L’OMCT etla FIDH sont tous deux membres de ProtectDefenders.eu, le Mécanisme de l’Union européenne pour les défenseurs des droitshumains, mis en œuvre par la société civile internationale.

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