Tunisie
14.01.26
Interventions urgentes

Tunisie : 43 jours de grève de la faim, la vie d’Ayachi Hammami est en danger immédiat

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TUN 001 / 0126 / OBS 002
Détention arbitraire /
Grève de la faim /
Détérioration de l'état de santé pendant la détention
Tunisie

14 janvier 2026

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, un partenariat de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante en Tunisie.

Description de la situation :

L’Observatoire a été informé de la poursuite de la grève de la faim de M. Ayachi Hammami depuis 43 jours. Avocat et figure emblématique de la défense des droits humains en Tunisie, il a défendu pendant des décennies les valeurs de l’Etat de droit, l’indépendance de la justice et le droit à la défense.

En raison de sa grève de la faim prolongée, des témoignages, notamment ceux de ses avocats, appuyés par des preuves médicales, ont indiqué que l’état de santé de M. Hammami, fortement affaibli après 43 jours de grève, est désormais critique et l’expose à un risque élevé de défaillances soudaines. Cette situation risque de s’aggraver en raison de son refus de lever la grève.

Le 2 décembre 2025, M. Ayachi Hammami a été interpellé à son domicile afin de purger une peine de cinq ans de prison prononcée à son encontre en appel dans ladite affaire. Peu après son arrestation, une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux le montrait dénonçant cette décision et annonçant son intention d’entamer une grève de la faim pour protester contre la répression en cours en Tunisie. Dès le premier jour de sa détention, M. Ayachi Hammami a ainsi engagé cette grève comme acte de résistance et poursuite de la lutte pour les droits humains, visant à rompre l’isolement carcéral et à rendre visibles celles et ceux que le pouvoir cherche à réduire au silence.

M. Ayachi Hammami se trouve en détention arbitraire depuis le 2 décembre 2025, à la suite de sa condamnation à cinq ans de prison dans l’affaire dite du « complot contre la sûreté de l’État », qui vise plusieurs figures de l’opposition. M. Ayachi Hammami intervenait initialement comme avocat dans cette même affaire avant d’y être lui-même ajouté en tant qu’accusé en mai 2023 avec une décision d’interdiction de voyage accompagnée d’une introduction d’apparition publique.

Le 12 janvier 2026, l’Observatoire a été informé par la famille que les avocat⋅es de M. Ayachi Hammami se sont vu interdire arbitrairement la visite à leur client par l’administration chargée des prisons et de la rééducation après avoir déposé une demande de visite conformément à la procédure en place.

De telles entraves constituent une violation des standards internationaux relatifs au droit à la défense et au droit à un procès équitable, notamment de l’article 14, paragraphe 3 (b) et (d) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), la règle 93 des Règles minima de l'Organisation des Nations unies (ONU) pour le traitement des détenus (Règles Nelson Mandela) ainsi que l’article 17 paragraphes 5, 6 et 9 de la Loi n° 2001-52 du 14 Mai 2001 relative à l’organisation des prisons, qui garantissent à toute personne le droit de disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense et de communiquer librement avec le conseil de son choix. Elles contreviennent également aux Principes de base des Nations unies relatifs au rôle du Barreau, en particulier les principes 1 et 8, qui consacrent le droit à un accès effectif, confidentiel et sans entrave à un avocat dès le début de la détention.

L’Observatoire rappelle que M. Ayachi Hammami fait l’objet d’un acharnement judiciaire constant, et est poursuivi dans le cadre d’une autre affaire sur la base du décret-loi 54 sur la lutte contre les infractions liées aux systèmes d’information et de communication, suite à une plainte déposée par le ministère de la justice pour une déclaration qu’il a faite en tant qu’avocat dans le cadre de la défense de juges arbitrairement révoqués par le Président en 2022, dans laquelle il critiquait le ministre de la Justice, qui n’avait pas respecté une décision de réintégration rendue par le tribunal administratif.

L’Observatoire rappelle également, que le Haut-commissaire des Nations unies aux droits humains Volker Türk, dans un communiqué publié le 24 avril 2025, a qualifié les peines prononcées contre environ 37 personnes dans le cadre de l’affaire dite du complot de « coup dur pour la justice et l’état de droit » et a exprimé de vives préoccupations quant aux violations des droits fondamentaux observées pendant le procès et à la nature arbitraire des poursuites. Par ailleurs, des expert·es des Nations unies ont exprimé, le 8 décembre 2025, leur choc suite à la condamnation de l’avocat des droits humains Ayachi Hammami, en affirmant que les mesures prises contre lui « portent directement atteinte à l’indépendance de la profession d’avocat, compromettant la capacité des avocats à représenter leurs clients ».

À l’occasion du 15ᵉ anniversaire de la révolution tunisienne du 17 décembre 2010 – 14 janvier 2011, qui revendiquait justice et dignité, et de laquelle M. Ayachi Hammami fut l’une des principales figures, l’Observatoire constate que ces condamnations et arrestations témoignent de la dégradation alarmante de l’État de droit et de l’espace de la société civile en Tunisie, ainsi que de l’instrumentalisation croissante du système judiciaire à des fins politiques. Elles s’inscrivent dans un climat de répression généralisé, marqué par des poursuites judiciaires contre des militant·es et défenseur·es des droits humains, des suspensions arbitraires des activités d’organisations de défense des droits, des campagnes de dénigrement orchestrées dans les médias, et des pressions accrues sur les syndicats et les journalistes.

L’Observatoire exprime sa vive inquiétude quant à l'état de santé de M. Ayachi Hammami et condamne la poursuite de sa détention arbitraire, qui ne semble viser qu’à le sanctionner pour l’exercice légitime de ses activités de défenseur des droits humains et sa profession d’avocat.

L’Observatoire appelle les autorités tunisiennes à prendre toutes les mesures nécessaires afin de garantir un suivi médical adéquat et l’accès aux soins pour M. Ayachi Hammami, à le libérer immédiatement et sans condition, à mettre un terme à l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques, et à cesser les poursuites judiciaires contre les défenseur⋅es des droits humains pour l’exercice légitime de leur droit à la défense des droits humains et leur droit à la liberté d’expression.

Actions requises :

L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités tunisiennes en leur demandant de :

  1. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et le bien-être psychologique de M. Ayachi Hammami et de tou·tes les défenseur·es des droits humains en Tunisie ;
  2. Garantir à Ayachi Hammami un suivi médical adéquat, répondant à ses besoins de santé et aux conséquences de sa grève de la faim ;
  3. Garantir à M. Ayachi Hammami un accès plein et sans entrave à ses avocat·es et mettre fin aux restrictions arbitraires des visites ;
  4. Libérer immédiatement et sans condition M.Ayachi Hammami et tou·tes les défenseur·es des droits humains et détenu·es d’opinion en Tunisie ;
  5. Garantir le respect effectif du droit à un procès équitable pour M. Ayachi Hammami et l’ensemble des défenseur·es des droits humains et détenu·e·s d’opinion en Tunisie ; et
  6. Mettre fin à tout acte de harcèlement – y compris au niveau judiciaire – à l’encontre de M. Ayachi Hammami et de tou·tes les défenseur·es des droits humains en Tunisie, et veiller à ce qu'ils et elles puissent exercer leurs activités sans entraves ni crainte de représailles.

Adresses :

Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques de la Tunisie dans vos pays respectifs.


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Paris-Genève, le 14 janvier 2026

Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.

L’Observatoire partenariat de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseur·es des droits humains victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible. La FIDH et l’OMCT sont membres de ProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseur·es des droits humains mis en œuvre par la société civile internationale.

Pour contacter l’Observatoire, appeler La Ligne d’Urgence :
· E-mail : alert@observatoryfordefenders.org
· Tel FIDH : +33 1 43 55 25 18
· Tel OMCT : + 41 22 809 49 39