Burkina Faso
22.06.26
Communiqués de presse

Burkina Faso: Deux ans après, un éminent journaliste toujours porté disparu

Les autorités devraient immédiatement libérer Atiana Serge Oulon

 (Nairobi, 22 juin 2026) – Les autorités du Burkina Faso devraient fournir d’urgence des informations sur la disparition forcée du journaliste Atiana Serge Oulon, commise pardes agents de l’État il y a deux ans, et le libérer immédiatement, ont conjointement déclaré aujourd’hui Amnesty International, Human Rights Watch, l’Observatoire Kisal, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains – un partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) – et Reporters sans frontières (RSF).

Le 24 juin 2024, des hommes armés se présentant comme des agents du renseignement ont enlevé Atiana Serge Oulon,  40 ans, directeur de publication du journal L’Événement, à son domicile à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. En juillet 2024, le président du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a reconnu qu’un journaliste avait été arrêté pour avoir prétendument répandu de fausses informations, référence apparente à Atiana Serge Oulon. Le gouvernement a confirmé plus tard qu’Atiana Serge Oulon et d’autres journalistes avaient été enrôlés dans les forces armées. Cependant, en mai 2026, une enquête exclusive de RSF a révélé que les forces de sécurité, y compris de hauts responsables proches du président Traoré, ont secrètement détenu et torturé Atiana Serge Oulon dans des résidences privées transformées en prisons non officielles à Ouagadougou.

«  Serge Oulon a été spécifiquement ciblé par le régime en raison de son travail journalistique et a été soumis à différents types d’abus et détenu sans aucun contact avec un avocat ou des membres de sa famille », a déclaré Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF. « La famille et les amis d’Atiana Serge Oulon sont en droit de savoir ce qui lui est arrivé et d’obtenir justice. »

Serge Oulon, journaliste d’investigation connu pour avoir dénoncé la corruption au sein des forces de sécurité, avait depuis longtemps alerté sur un détournement présumé de fonds publics. Dans une investigation datant de décembre 2022, il a allégué qu’un « capitaine [de l’armée] de la région du Centre-Nord » avait détourné 400 millions de francs CFA (environ 660 000 USD) destinés aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des auxiliaires civils appuyant l’armée. Le grade et la région de déploiement du « capitaine » correspondaient au profil du président Traoré. Quelques jours avant l’enlèvement d’Atiana Serge Oulon, les autorités avaient suspendu le journal L’Événement après qu’il a réitéré ces allégations de corruption.

RSF a indiqué que les forces de sécurité ont détenu Atiana Serge Oulon, ainsi que d’autres civils, dans au moins deux villas situées en face de l’ambassade des États-Unis à Ouagadougou, les ont sévèrement battus et les ont privés de nourriture.

Depuis leur prise de pouvoir en septembre 2022, les autorités militaires du Burkina Faso ont fortement réduit l’espace civique, ciblant les médias indépendants, l’opposition politique et la société civile. Elles ont utilisé une loi d’urgence radicale de 2023, introduite pour  appuyer les efforts de contre-insurrection, pour réprimer la dissidence, y compris par la conscription illégale et motivée par des raisons politiques de journalistes, d’activistes de la société civile, de figures de l’opposition et de membres du système judiciaire.

« Plusieurs dizaines de détracteurs du gouvernement ont été illégalement enrôlés et déployés dans des zones de combat sans entraînement adéquat », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Cette pratique cruelle semble destinée à faire pression sur les détracteurs afin qu’ils se soumettent par la peur et la coercition. »

Les gouvernements peuvent conscrire des civils pour la défense nationale, toutefois les normes internationales exigent que le recrutement soit effectué dans le cadre d’un processus légal qui prévoit un préavis clair, des garanties de procédure régulière et la possibilité de contester la décision.

Entre juillet et octobre 2025, au moins sept journalistes et trois activistes précédemment enrôlés ont été libérés, tandis que Moussa Sareba, journaliste travaillant pour le média en ligne Fil Infos, qui a fait l’objet d’une disparition forcée en août 2025, est toujours porté disparu. D’autres sont toujours derrière les barreaux pour des chefs d’inculpation motivés par des raisons politiques, notamment Me Guy Hervé Kam, éminent avocat et membre fondateur ddu Balai Citoyen, une organisation de la société civile.