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Cameroun
16.05.20
Déclarations

Cameroun: Mancho Bibixy Tse, emprisonné pour avoir promu les droits de sa communauté anglophone





C’est l’homme qui a lancé la « révolution du cercueil » : le 21 novembre 2016, Mancho Bibixy Tse - journaliste travaillant pour une radio locale et professeur d’histoire - s’est tenu dans un cercueil ouvert sur un rond-point bondé à Bamenda, ville située dans l’une des régions anglophones du Cameroun. Un mégaphone à la main, il a dénoncé la marginalisation sociale et économique de sa communauté anglophone, tandis que les tensions commençaient à monter à la suite d’une nouvelle décision obligeant toutes les écoles et tous les tribunaux à utiliser le français. Alors âgé de 33 ans, cet homme était déjà connu pour avoir documenté les violations des droits humains dans le nord-ouest du pays, pour s’occuper de jeunes dont la situation familiale est instable, et pour être fan de Manchester United. Après ce jour, « BBC » - comme il est communément appelé - est devenu l’un des dirigeants du mouvement pour l’égalité des droits dans ce pays dominé par des instances francophones.

La réponse a été rapide et impitoyable. La répression à Bamenda a débuté deux jours plus tard. Le 19 janvier 2017, des soldats armés ont violemment arrêté Mancho chez un ami, sans mandat, après avoir tiré en l’air et être entrés de force. Ils ont battu le journaliste et lui ont mis une cagoule sur la tête. En mai, le Tribunal militaire de Yaoundé a condamné Mancho à 15 ans de prison pour « actes de terrorisme », « sécession », « rébellion », « incitation à la guerre civile » et « diffusion d’informations fausses sur les réseaux sociaux » - uniquement pour s’être tenu dans un cercueil. Selon ceux qui le connaissent, ce journaliste a été puni pour avoir réclamé avec ferveur l’égalité et la non-discrimination dans une société qui contrôle la liberté d’expression de façon stricte.

Deux ans plus tard, après avoir lancé - avec quatre autres défenseurs des droits humains détenus - un mouvement pour protester contre les violences qui leur étaient infligées en prison, Mancho a été emmené dans un camp militaire où il a été de nouveau torturé. Sa peine a été prolongée de trois ans supplémentaires.

En août 2019, un organe des Nations unies a déclaré que sa détention était arbitraire et a appelé à sa remise en liberté.

Mancho reste incarcéré à la prison centrale de haute sécurité de Kondengui, où il a des contacts limités avec sa famille - sa femme, ses deux enfants et huit autres jeunes dont il s’occupait à Bamenda. Il partage une petite cellule avec 15 détenus et n’a pas d’accès adéquat à des installations sanitaires. Son état de santé s’est dégradé. Selon différentes sources, au moins un prisonnier a récemment été testé positif au coronavirus à Kondengui.

Les actes d’intimidation et les attaques visant les défenseurs des droits humains ont explosé ces dernières années au Cameroun, notamment depuis le début de la crise socio-politique dans les régions anglophones fin 2016, qui a entraîné de graves violations des droits humains, y compris le recours par les forces de sécurité à une force excessive et à la détention arbitraire pour réprimer des manifestations pacifiques. L’OMCT a également rapporté plusieurs cas de harcèlement judiciaire contre des militants qui dénonçaient la corruption du gouvernement et s’opposaient à l’accaparement de terres dans le pays.

Rejoignez notre appel pour libérer Mancho Bibixy Tse !

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