Togo
29.08.25
Interventions urgentes

Togo : Disparition forcée du créateur de contenu « A votre avis »

@ A Votre Avis

APPEL URGENT - L'OBSERVATOIRE

Nouvelles informations
TGO 002 / 0825 / OBS 47.1
Disparition forcée /
Restriction au droit de réunion pacifique /
Restriction à la liberté d’expression
Togo
29 août 2025

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, un partenariat de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), a reçu de nouvelles informations et vous prie d’intervenir de toute urgence concernant la situation suivante au Togo.

Nouvelles informations :

L’Observatoire a été informé par le Centre de Documentation et de Formation aux Droits Humains (CDFDH), membre du réseau OMCT SOS-Torture, de la disparition forcée de M. René Missode Koffi, plus connu sous le pseudonyme « A votre avis ». René Missode Koffi est un créateur de contenu qui s’exprime sur les revendications de la jeunesse togolaise en matière de justice et d’alternance démocratique. Il a récemment lancé le mouvement « Justice pour les Prisonniers Politiques et les Prisonniers de Liberté Publique » (JPPP/JPLP) depuis la Prison civile de Lomé d’où il est détenu arbitrairement depuis le 9 juillet 2025.

Le 22 août 2025, « A votre avis » a été placé à la cellule disciplinaire de la Prison civile de Lomé durant deux jours, en guise de sanction pour possession d’un téléphone portable. À l’issue de cette période, des individus en civil, qui pourraient être assimilables à des éléments des forces de l’ordre et de défense, ont extrait « A votre avis » de sa cellule disciplinaire pour l’emmener vers une destination inconnue.

Le 25 août 2025, un proche d’ « A votre avis » s’est rendu à la Prison civile de Lomé afin de lui rendre visite. Des agents l’ont alors officieusement informé qu’ « A votre avis » ne se trouvait plus dans la prison mais « à la gendarmerie qui se trouve vers le carrefour Bodjona ». Il pourrait s’agir des locaux du Service Central de Recherches et d’Investigation Criminelle (SCRIC) à Lomé, mais aucune information officielle ne peut le confirmer.

Quelques jours avant son enlèvement, le 18 août 2025, « A votre avis » avait fondé le mouvement JPPP/JPLP et avait annoncé débuter, avec d’autres codétenus, une grève de la faim illimitée le 27 août 2025 pour obtenir le respect des droits et la libération des prisonniers politiques et personnes détenues arbitrairement au Togo.

Au moment de la publication de cet Appel Urgent, le sort et la localisation d’« A votre avis », restent inconnus, ses codétenus à la Prison civile de Lomé et sa famille restent sans nouvelles de lui.

L’Observatoire rappelle qu’« A votre avis » avait été enlevé le 27 juin 2025 au cours d’un live Tiktok dans lequel il dénonçait la répression de la jeunesse lors des manifestations de juin 2025. Ces manifestations visaient à protester contre les conditions de vie socio-économiques difficiles dans le pays, ainsi que la détention arbitraire de certains défenseurs des droits humains. « A votre avis » a ensuite été victime de disparition forcée et d’actes de torture dans un lieu inconnu pendant plusieurs jours avant d’être emmené à la Direction Centrale de le Police Judiciaires (DCPJ) de Lomé, placé sous mandat de dépôt pour « trouble aggravé à l'ordre public », « atteintes à la sûreté intérieure de l'État » et « incitation à la révolte populaire », puis déferré à la Prison civile de Lomé le 9 juillet 2025.

L’Observatoire condamne fermement la nouvelle disparition forcée d’« A votre avis », qui ne semble viser qu’à le punir pour ses activités légitimes de défense des droits humains.

L’Observatoire enjoint aux autorités togolaises de tout mettre en œuvre afin que le sort et la localisation d’« A votre avis » soient révélés, qu’il soit libéré de façon immédiate et inconditionnelle et que toute la lumière soit faite sur son enlèvement et sa disparition forcée, conformément aux obligations découlant de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées (CED), à laquelle l’État togolais est partie.

L’Observatoire appelle également les autorités togolaises à reconnaître dans leur législation nationale la disparition forcée comme une infraction autonome et pouvant être de courte durée, conformément aux recommandations contenues dans le rapport alternatif soumis en 2025 par l’OMCT, le CACIT et l’ACAT Togo au Comité des Nations unies des disparitions forcées.

Par ailleurs, l’Observatoire appelle les autorités togolaises à garantir les droits à la liberté d’expression et d’association, tels que consacrés à l’article 5 et 9 de la nouvelle Constitution togolaise de 2024, ainsi que par les standards régionaux et internationaux relatifs aux droits humains, particulièrement les articles 9 et 10 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples et les articles 19 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques des Nations unies. La Rapporteuse Spéciale des Nations unies sur les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’association a en ce sens de nouveau exhorté le gouvernement togolais à garantir le droit de réunion le 28 juin 2025.

L’Observatoire appelle enfin l’État togolais à élargir et protéger l’espace civique physique et numérique de toute urgence, afin que chaque citoyen·ne puisse participer à la vie politique, économique et sociale du pays en toute sécurité, notamment lors du rassemblement prévu le 30 août 2025 au Togo.

Actions requises :

L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités togolaises en leur demandant de :

  1. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et le bien-être psychologique de René Missode Koffi dit « A votre avis », et de l’ensemble des défenseur·es des droits humains au Togo ;
  2. Tout mettre en œuvre pour que le sort de René Missode Koffi dit « A votre avis », et le lieu où il se trouve soient révélés, et qu’il ait accès à sa famille et à ses avocat·es ;
  3. Ouvrir immédiatement une enquête pour déterminer les circonstances et l’identité des agents qui sont intervenus au sein de la prison et qui seraient auteurs de la disparition forcée de René Missode dit “A votre avis” ;
  4. Libérer immédiatement et sans conditions M. René Missode Koffi dit « A votre avis », ainsi que l’ensemble des défenseur.es des droits humains détenus arbitrairement au Togo tels que M. Honoré Sitsopé Sokpor ditAffectio, M. Aziz Goma et M. Foly Satchivi ;
  5. Réviser, dans les meilleurs délais, le Code pénal afin de définir et d’incriminer la disparition forcée comme une infraction autonome, conformément aux dispositions des articles 2 et 4 de la CED, et prévoir sa prise en compte dans le nouveau Code de procédure pénale, sans mention de la notion de « détention prolongée ».
Adresses :
    • S.E.M. Jean-Lucien Savi de Tové, Président de la République du Togo, Email : dircomprtogo@gmail.com / secretariat.sg@presidence.gouv.tg
    • M. Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil des ministres, X : @FEGnassingbe
    • Mme Victoire Tomegah Dogbé, Ancienne Première Ministre, X : @PrimatureTogo
    • M. Guy Mipamb Nahm-Tchougli, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, Email : minjustice@gouv.tg / minjusticetogo@yahoo.fr, X : @MinJusticeTG
    • M. Pacôme Yawovi Adjourouvi, Ministre des droits de l’Homme, chargé des relations avec les institutions de la République, Email : mindhrir@gmail.com / secretariat.ministre@droitsdelhomme.gouv.tg, X : @MDHRIR_Togo
    • S.E. Ambassadeur Essis Essofa, Mission permanente de la République du Togo auprès des Nations Unies à Genève, Suisse. Email : info@mission-togo.ch / missiondutogo.geneve@yahoo.fr

    Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Togo dans vos pays respectifs.

    ***
    Paris-Genève, le 29 août 2025

    Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toute action entreprise en indiquant le code de cet appel.

    L’Observatoire partenariat de l’OMCT et de la FIDH, a vocation à protéger les défenseurs des droits humains victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible. La FIDH et l’OMCT sont membres de ProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseurs des droits humains mis en œuvre par la société civile internationale.

    Pour contacter l’Observatoire, appeler la ligne d’urgence :

    • E-mail : alert@observatoryfordefenders.org
    • Tel FIDH : +33 1 43 55 25 18
    • Tel OMCT : + 41 79 539 41 06