Togo
19.10.26
Blog

Faces of Hope, symbole de solidarité internationale : le combat d’Abdoul Aziz Goma

Abdoul Aziz Goma, défenseur des droits humains

Libéré le 1er janvier 2026 après sept ans de détention au Togo, le défenseur des droits humains Abdoul Aziz Goma incarne à la fois la violence d’un système répressif et la force de la mobilisation collective. Son histoire met en lumière l’importance de la solidarité internationale pour les défenseurs des droits humains, notamment par le biais de la campagne Faces of Hope de l’OMCT, l'un des moteurs de sa libération. Faces of Hope est une campagne mondiale de plaidoyer mettant en lumière des défenseurs des droits humains emprisonnés et mobilisant la solidarité pour leur libération. Aujourd’hui, Abdoul Aziz Goma appelle à poursuivre cet élan pour la libération des détenus d’opinion.

Quel rôle a joué la solidarité internationale dans votre parcours ?

Pendant ma détention, j’ai compris que je n’étais pas seul. Des organisations comme l’OMCT, Freedom Now, des ONG locales à Lomé, et des acteurs de la société civile se sont mobilisés pour moi. Savoir que des voix s’élevaient, que des structures travaillaient ensemble pour ma libération m’a donné la force de tenir. C’est en partie cette solidarité qui a permis d’aboutir à ma libération le 1er janvier 2026.

Pouvez-vous revenir sur les événements qui ont conduit à votre détention ?

J’étais à Lomé où je venais de temps en temps depuis Manchester pour affaires. Un ami m’avait parlé de jeunes venus du Ghana pour participer à des marches pacifiques et qui s’étaient retrouvés sans logement. J’ai décidé de les aider en les hébergeant et en finançant leur billet de retour chez eux. C’est cet acte de solidarité qui a conduit à mon arrestation. 

Le 21 décembre 2018, j’étais sorti avec des amis pour dîner. Brusquement, en pleine ville, la police nous a interpellés, jetés au sol, puis menottés, pour mieux nous battre. Ils nous ont ensuite détenus, et la violence s’est accrue encore, pendant des jours, jusqu'à ce que je perde connaissance. On m’a accusé de troubles à l’ordre public, mais mon seul crime a été de vouloir aider.

Vous avez passé plusieurs années en prison. Dans quelles conditions ?

J’ai passé plus de six ans en détention sans procès.

Les conditions étaient extrêmement difficiles. La prison était surpeuplée : il y avait 3000 détenus pour une capacité de 600 places. L’accès à la nourriture, aux soins et à des conditions de vie dignes était très limité. J’ai vu des hommes mourir, abandonnés, parce qu’ils n'avaient pas les moyens pour se faire soigner. De mon côté, je n’ai jamais pu voir ma famille, durant toute ma détention.

Ces années m’ont profondément marqué. J’y ai vécu beaucoup de souffrance.

Vous évoquez aussi des violences subies pendant votre détention…

Oui. J’ai été victime d’actes de torture, dont j’ai encore des séquelles, comme beaucoup d’autres détenus.  Il est important que cela soit reconnu. J'ai reçu des coups sur la plante des pieds, et des suites de ces coups, j'ai perdu l'usage de mes deux jambes. Je suis passé par les isolements et des simulations d’exécution. J’ai été enfermés pendant dix-neuf mois sans voir le soleil.  Je n'ai pas été le seul. Beaucoup sont torturés un peu partout à Lomé dans des postes de police et consorts.

Comment avez-vous vécu l’annonce de votre libération ?

J’ai ressenti un grand soulagement, bien sûr, mais très vite, j’ai pensé aux autres. Nous étions plusieurs défenseurs des droits humains en prison. J’ai été libéré, mais eux sont restés. Ce sentiment est encore très présent. Ce qui m’a permis de tenir, c’est le soutien et la mobilisation des organisations sur place et à l’international.

C’est pour cela que la mobilisation et les campagnes internationales doivent continuer.

Comment abordez-vous l’avenir ?

Malgré les difficultés, je reste plein d’espoir.

Il existe encore des défenseurs courageux sur le terrain. La société civile continue de se battre. Ensemble, nous pouvons faire avancer la liberté d’expression et les droits fondamentaux au Togo.

Ma libération montre que l’action collective peut avoir un impact réel. Aujourd’hui, il faut poursuivre cet effort pour que les autres détenus soient, eux aussi, libérés.