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Maroc et Sahara occidental
14.10.22

Mohamed Lamin Haddi, un journaliste sahraoui injustement condamné par le Maroc

Mohamed Lamin Haddi est emprisonné au Maroc depuis 2010. Ce journaliste a défendu sans relâche le droit à l'autodétermination de son peuple au Sahara occidental. Lorsqu'il a été amené à la prison de Tiflet 2, à l'est de Rabat, Mohamed était un jeune homme de 20 ans plein d’énergie et en bonne santé. Aujourd'hui, ce n’est plus le même homme. Il ne voit pas bien d'un œil. Il a des douleurs au niveau de la gorge car on l’a suspendu par le cou. Et il est affaibli à cause de sa grève de la faim, souvent le seul moyen pour les prisonniers comme Mohamed de protester contre leur détention inhumaine.

Isolement, abus, tortures…Ce défenseur des droits humains a enduré des années de terribles souffrances aux mains des autorités marocaines.

Le Sahara occidental, une région au cœur de disputes territoriales

Le Sahara occidental se situe au sud du Maroc et partage également des frontières avec l'Algérie et la Mauritanie. Il possède une grande réserve de phosphates et abrite l’une des zones de pêche les plus riches du monde. Le Sahara occidental est une région désertique qui était autrefois une colonie espagnole. À partir de 1973, le peuple sahraoui et le Front Polisario ont mené une guérilla contre les colonialistes pour gagner l’indépendance du territoire. L'Espagne s'est retirée en 1975. Le vide politique a été rapidement comblé par le Maroc, et la promesse espagnole d'un référendum pour déterminer le futur statut du Sahara occidental ne s'est jamais concrétisée.

Lorsque Mohamed est né en 1984, la majeure partie du Sahara occidental était déjà occupée illégalement par le Maroc depuis près de 10 ans, et des milliers de Sahraouis avaient été poussés à l'exil en Algérie voisine, où ils vivent encore dans des camps de réfugiés. Mais la famille de Mohamed n'est pas partie. Il a grandi à El Aaiun, une ville du Sahara occidental, et a ressenti dès son plus jeune âge l'injustice de l'occupation. Il a commencé à militer alors qu'il était étudiant, et à l'adolescence, il a été expulsé de son école. Sa carte d’identité porte désormais le tampon des autorités : la marque de son appartenance à l'opposition sahraouie à la domination marocaine. Aussi, il lui a été difficile de trouver un emploi. Parfois, Mohamed travaillait comme chauffeur de taxi, puis il a trouvé la carrière qui allait le conduire derrière les barreaux et lui valoir une peine de prison de 25 ans.

Les journalistes n’ont pas droit de cité

Sous le joug du Maroc, le Sahara Occidental est qualifié de « trou noir » de l'information et du journalisme. Des reporters étrangers en sont régulièrement expulsés. Mais pour les journalistes locaux, comme Mohamed, les enjeux sont bien plus importants. Chaque jour, ils courent d’énormes risques pour faire connaître les histoires des Sahraouis à un plus grand nombre.

Mohamed travaillait pour RASD Radio, la station de radio du gouvernement en exil du Sahara occidental du Front Polisario. À El Aaiun, celles et ceux qui osaient défier le pouvoir marocain étaient surveillés et arrêtés arbitrairement ; dans ce climat de peur, Mohamed savait garder son sang-froid. Il protégeait ses contacts et diffusait ses reportages radio.

Parfois, la vie en ville devenait trop pénible pour ce jeune homme discret, à la voix douce. Souvent suivi et arrêté par les services de sécurité marocains, Mohamed éprouvait le besoin de s'échapper. C’est dans le désert qu’il trouvait refuge. Il quittait la ville pour passer du temps à la ferme de sa famille et s'occuper des moutons et des chèvres. La nuit, il contemplait le gigantesque ciel étoilé. Dans le désert, il pouvait respirer plus facilement et recharger ses batteries. Cette énergie, Mohamed en aurait besoin pour relever le plus grand défi de journaliste et de militant des droits humains qui l’attendait…

Du côté des manifestants au camp de Gdeim Izik

En octobre 2010, des Sahraouis ont édifié, à une quinzaine de kilomètres d'El Aaiun, le camp de protestation de Gdeim Izik pour mettre en lumière les discriminations, la pauvreté et les abus qui touchent encore aujourd’hui la communauté. En quelques jours, un océan de tentes a surgi de terre et 20 000 personnes se sont rassemblées. Mohamed réalisait alors des reportages pour RASD Radio.

Pendant ce temps, les forces de sécurité marocaines observaient la situation. Puis, le 8 novembre, après avoir expulsé tous les observateurs internationaux de la région, la police et l'armée ont commencé à démanteler le camp. Les Sahraouis ont résisté. De violents affrontements ont éclaté : les Marocains ont utilisé des armes à feu et des canons à eau contre les manifestants. Des centaines de Sahraouis ont été placés en détention. Beaucoup sont morts, des dizaines ont été blessés.

Dans les jours qui ont suivi, Mohamed a pris de grands risques : il a continué à recueillir des témoignages et à décrire les émeutes alors en cours pour son audience. Et il a voulu, très concrètement, prêter main forte, en apportant notamment une assistance médicale. Les Sahraouis qui avaient été blessés lors de l'expulsion du camp ne pouvaient pas se rendre à l’hôpital car ils auraient été arrêtés par les autorités marocaines. Mohamed a accepté de servir de guide à deux médecins belges qui s’étaient proposés pour soigner les blessés par balle à leur domicile.

L'enfer d'un emprisonnement injuste

Le 20 novembre 2010, alors qu'il allait retrouver les médecins, Mohamed a été arrêté par des agents des services de renseignement marocains.

Plus de deux années après, et après avoir subi de nombreux abus et actes de torture en détention, il a été condamné à 25 ans de prison. Il a été reconnu coupable d'« actes violents » contre les autorités marocaines, « avec l'intention de tuer ». Il a nié ces accusations, affirmant que ses aveux avaient été obtenus sous la contrainte et que les preuves à son encontre avaient été falsifiées.

Aujourd’hui, cela fait près de 12 années que Mohamed est incarcéré. Outre les traitements sévères dont il est régulièrement victime en prison, il n'a pas vu sa famille depuis septembre 2018. Il n’est autorisé à appeler sa famille que de manière sporadique ; ce n'est que récemment qu'il a été autorisé à passer un appel téléphonique très bref toutes les semaines.

Les nuits paisibles et étoilées que Mohamed savourait dans le désert ont été remplacées par l’enfer d’un enfermement injuste.

Rejoignez-nous pour demander sa libération.

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